Conseils de lecture

Et si le vivant était anarchique

Jean-Jacques Kupiec ▪ Les liens qui libèrent 2019

L’auteur, déjà connu pour avoir été l’un des premiers à dénoncer la suprématie de la génétique sur la biologie, reprend ce thème. Il le fait ici avec plus de sérénité, car le déterminisme génétique est en effet largement remis en cause, il le fait aussi avec plus de hauteur, conforté par ses expérimentations et ses talents incontestables d’épistémologiste.
Disons d’emblée que, malgré sa publication chez un éditeur généraliste, ce livre exigeant est plutôt destiné à stimuler les experts qui n’osent plus sortir de leur laboratoire !
Dès le début L’auteur insiste sur la distinction entre « déterminisme avec bruit » et stochastique. Les aléas des mutations, transcriptions et connexions protéiques ne sont pas du « bruit » dans un monde de déterminisme, ce sont des processus fondamentalement aléatoires.
Pour l’auteur, il faut cesser d’étendre l'ontologie génétique à la théorie de l'évolution, comme l’a tenté la théorie synthétique, il faut au contraire étendre l'ontologie darwinienne de la variation à la biologie fonctionnelle.
On pourrait s’agacer d’y voir une énième querelle reformulée entre molécularistes et évolutionnistes, c’est beaucoup plus que cela. Il démontre patiemment que, depuis les premiers généticiens et les premiers embryologistes, la biologie fonctionnelle a toujours inversé la cause et l’effet. L’ontogenèse n’a pas pour but de construire un organisme individuel, la phylogenèse ne crée pas d’espèce ; ce ne sont pas deux phénomènes objectifs, mais deux manières subjectives d'observer la propagation des lignées généalogiques. L'espèce et l'individu sont deux entités arbitraires et abstraites. Une abstraction n'évolue pas ! L’individu et l’espèce ne sont que des moments d’équilibre apparent, dans le temps et l’espace, entre les contraintes environnementales et le déroulement évolutif d’une lignée généalogique : seule véritable entité objective du vivant.
Il rappelle que Darwin a le premier contesté la notion d’espèce : la variation est première et l'environnement tend à homogénéiser les espèces sans y parvenir totalement.  La stérilité interspécifique n'est pas la cause, mais la conséquence de la spéciation
Ce livre n’est pas non plus une version moderne des vieilles controverses entre structuralistes et adaptationnistes, ou entre saltationnistes et gradualistes, voire entre micro et macro-évolution.  Ni une nouvelle analyse des niveaux et cibles d’action de la sélection naturelle. Non, la thèse est plus simple et plus radicale. Gènes, protéines, cellules, embryons, tissus, organes, individus, tout est niveau de sélection, tout est soumis à un processus stochastique contraint par son environnement local. Le pouvoir causal attribué au gène n’existe pas, il y a un rétro-pouvoir causal (une contrainte) des protéines sur le gène, de la cellule sur les protéines, des tissus sur les cellules, etc.
Si l’anarchie existe à tous les niveaux, pourquoi avons-nous l’impression d’un ordre du vivant ? L’auteur fournit avec pédagogie l’exemple d’une bille soumise à un mouvement brownien qui serait contraint par deux murs latéraux, donnant l’impression d’un déplacement linéaire. Chaque niveau du vivant restreint le potentiel de variabilité du niveau inférieur. Les phénotypes sont réduits aux formes viables. Les cellules ne se différencient pas par instruction du génome, elles ne sont pas là pour former l'organisme, elles vivent pour elles-mêmes mais sont amenées à coopérer. Elles se stabilisent dans des états qui permettent d'interagir avec leurs voisines. Chaque état de l'embryon ne construit pas l'adulte, mais assure la viabilité des cellules qui le composent.
La variabilité darwinienne est la propriété première du vivant y compris dans l’embryon et le milieu intérieur. La phase adulte d’un individu est simplement liée à un équilibre qui dure plus longtemps.  L'anarchie conduit à un ordre par contrainte, mais cet ordre ne vient pas d’en « haut », il ne vient pas du gène. Il insiste en outre sur le fait que l’épigénétique n’est qu’une nouvelle forme du déterminisme génétique trop solidement ancré dans les esprits des biologistes. Il leur conseille enfin d’orienter leurs expérimentations en tenant mieux compte de la fondamentalité stochastique du vivant.

L'abominable secret du cancer

Frédéric Thomas ▪ Humensciences - 2019

L'auteur est un biologiste qui aborde un sujet jalousement gardé par les médecins et cela fait un bien fou. Si le cancer est bien une réalité clinique et un fléau de l'humanité, il est avant tout une réalité biologique incontournable chez toutes les espèces. Si cela n'est pas de nature à nous rassurer, cela peut au moins nous amener à plus d'intelligence et plus de sérénité face à cette maladie.
Lorsque la multicellularité est apparue dans le monde vivant, il ya environ un petit milliard d'années, les cellules solitaires et égoïstes ont eu beaucoupde mal à coopérer. Quelques-unes sont restée sont restées individualistes et la nature avait mieux à faire que de toutes les éliminer. L'aventure de la multicellularité atait trop belle !
L'auteur replace aussi le cancer dans l'écologie, il est une contrainte au même titre que les parasites, il conditionne les compétitions entre individus et leur organisation cellulaire interne. Nous sommes tous des porteurs sains de cellules cancéreuses, comme nous pouvons être porteurs sains d'un grand nombre de germes pathogènes. Notre système immunitaire veille, et il veille d'autant mieux que nous sommes de gros mammifères, car paradoxalement, ce ne sont pas les animaux qui comptent le plus grand nombre de cellules qui abritent le plus grand nombre de cancers.
Osons dire que le cancer n'est pas une maladie, c'est un état. Cela ne nous rassure pas davanage, mais peut permettre d'éviter certains excès du dépistage et certains excès thérapeutiques parfois délétères.
Il ne doit pas y avoir de guerre entre biologie et médecine, mais nous ne pouvons plus accepter que la médecine reste aussi éloignée de la biologie. Merci à ce livre de nous le rappeler avec intelligence.

L'ironie de l'évolution

Thomas C Durand ▪ Seuil 2018

Voici un livre scientifique original et audacieux.
Original, car la psychologie évolutionniste fait rarement l’objet d’ouvrages de vulgarisation. Il s’agit d’une science en pleine expansion, à la méthodologie rigoureuse, mais dont les auteurs sont encore timides, probablement en souvenir des violents conflits qui ont agité les débuts de la sociobiologie.
Audacieux, car il aborde les sujets de la foi et des religions sous l’angle des biais cognitifs qui en ont permis l’émergence.
Le cerveau humain est, comme les autres organes, un produit de l’évolution, et à ce titre il est imparfait. Il a été programmé pour la survie de l’organisme, pas pour comprendre la théorie de l’évolution, et encore moins pour l’admettre. C’est là que se situe toute l’ironie de l’évolution. Les biais cognitifs tels que ceux de « l’illusion d’agent », de l’essentialisme ou de la téléologie empêchent de comprendre que le hasard est au cœur de l’évolution du monde vivant. L’auteur explique clairement comment les doctrines religieuses renforcent ces biais cognitifs et comment les croyances et les rites ont aidé les plus anxieux à s’insérer dans le groupe social.
L’auteur critique les scientifiques lorsqu’ils répètent que le fait religieux se situe hors de leur domaine. Pourtant, les lois de l’évolution expliquent clairement l’apparition de la foi en des divinités anthropomorphiques puis en un Dieu unique.
Ce livre reprend certains thèmes du livre de Dawkins « Pour en finir avec Dieu », mais il offre en plus de magnifiques réflexions d’épistémologie. Bref, un livre à la fois exigeant et limpide sur des sujets délicats trop longtemps tus ou ignorés.

Darwin et les sciences de l'évolution pour les nuls

Luc Perino ▪ Pour les nuls 2018

Voici une passionnante histoire de la vie et du genre humain.
Ce livre de vulgarisation séduira les profanes, mais tout aussi bien les plus avertis qui connaissent parfois mal l'aspect historique des diverses théories et sciences de l'évolution.
Certes, Darwin fut le premier à élaborer une théorie complète de l'évolution des espèces animales et végétales. Mais bien avant lui, plusieurs scientifiques et théologiens avaient accepté de détruire le mythe de la Création.
Avec la théorie de la sélection naturelle, les naturalistes sont devenus biologistes. Aujourd'hui, cette théorie est devenue loi et n'est contestée par personne, malgré et grâce aux immenses progrès de la génétique et de l'épigénétique.
Ce livre revient sur la plus grande révolution de la pensée, sur les conditions qui l'ont permise et sur les débats qui l'entourent depuis 150 ans.
Il passe également en revue toutes les retombées philosophiques et les multiples applications aussi bien dans le domaine de la pyschologie, que dans celui de la cybernétique ou de la médecine.
L'auteur, clinicien et essayiste, auteur de plusieurs livres sur la médecine, signe ici son troisième ouvrage autour de l'évolution et de Darwin qu'il avait découvert à l'âge de 12 ans, bien avant la médecine, et qui ne l'a jamais quitté depuis. Une passion dévorante qu'il réussit à faire partager.

Le mal du dehors
L'influence de l'environnement sur la santé

Rémy Slama ▪ Quae - 2017

Exhaustif, synthétique, pédagogique, dépassionné, voici un livre incontournable pour tous ceux qui souhaitent aborder le thème très actuel de la médecine environnementale.
L'auteur rappelle cependant que les relations entre santé et environnement ne sont pas nouvelles, puisque l'environnement est indissociables des individus. Cependant, avec l'avènement de l'ère industrielle et la transition épidémiologique, ces relations ont pris une nouvelle dimension pour notre espèce, puisque nous somme capables de façonner notre environnement comme aucune autre espèce avant nous.

En bon épidémiologiste, il commence par présenter cette science avec ses méthodes et ses sources d'erreur. Il insiste sur les difficultés liées à l'étude des maladies environnementales qui sont à la fois multifactorielles et multi-étapes et qui sont surtout invisibles aux yeux du public. Pourtant le fardeau de ces maladies est désormais au premier rang en termes de santé publique.
Ni les autorités sanitaires ni les citoyens ne tolérent une maladie infectieuse, même si sa mortalité est devene négligeable ou nulle, mais tous tolèrent beaucoup mieux les dégâts considérables des particules fines, du sucre, du tabac ou du sel.

Ce livre n'est cependant pas catastrophiste comme le sont souvent les ouvrages qui traitent d'environnement. Au contraire, il rappelle que nous avons éliminé avec succès la plupart des contaminants naturels, et que, depuis les années 1980, nous avons fortement réduit plusieurs contaminants industriels.
Le plus difficile est de gérer l'incertitude liée aux nouveaux produits chimiques qui affluent sue le marché. Cette incertitude révèle les difficultés des relations entre science et politique.
L'auteur analyse lucidement le problème des conflits d'intérêts et reconnaît que les incertitudes de la science profitent inévitablemet aux lobbys qui savent les exploiter.

Avec les maladies environnementales, nous affrontons les mêmes dilemmes qu'avec toutes les autres maladies : prévenir ou traiter, agir sur les comportements ou sur l'environnement, bien comprendre les notions de risque et de danger, bien différencier les attentes individuelles et les attentes publiques.

Une attention particulière est portée sur les risques pour le foetus pendant la première partie de la grossesse et sur la complexité des études cliniques étalées sur deux ou trois générations.

Ce livre, à lire lentement et attentivement, fourmille de chiffres et de références solides sans oublier les anecdotes sur le plomb ou les western et les histoires à fin tragique ou heureuse.

L'auteur précise, non sans humour, que nous progressons à vive allure puisqu'il a fallu 4000 ans pour interdire le plomb, 100 ans pour interdire l'amiante et 30 ans pour interdire le DDT !
Il en ressort un habile dosage de pessimisme serein et d'optimisme lucide, sans jamais perdre de vue la rigueur scientifique.

Écologie de la santé

Blanc S, Boëtsch G, Hossaert-McKey M, Renaud F. ▪ Cherche-Midi et Presses du CNRS, 2017

Plusieurs écologues du CNRS approchent ici les nouveaux problèmes sanitaires : émergence de nouveaux pathogènes, antibiorésistance, maladies environnementales.
Ils le font à la lumière de l'écologie scientifique, en examinant l'évolution des comportements alimentaires, des modes de vie, des paysages agricoles et urbains.

PLus que jamais, ils pointent la nouvelle nécessité de remonter aux sources de nos maux et non pas seulement à leurs symptômes pour les comprendre et tenter d'y remédier.

Cet ouvrage s'inscrit dans le nouveau courant de médecine évolutionniste qui tente de réunir médecins, sociologues, biologistes et évolutionniste dans une réflexion globale et interdisciplinaire autour des problèmes sanitaires.

Pour une médecine évolutionniste.
Une nouvelle vision de la santé

Luc Perino ▪ Seuil 2017

Cet ouvrage fondateur élargit l’éventail de nos conceptions de la santé et des maladies.
Voici à peine vingt ans que les biologistes de l’évolution et les médecins ont tenté un timide rapprochement. Aujourd’hui, qu’il s’agisse des troubles digestifs, articulaires, psychiques, des maladies infectieuses ou du cancer, de la physiologie du sexe et de la reproduction, il n’est guère de domaine médical qui ne prenne à la lumière de l’évolution des aspects novateurs, voire révolutionnaires.

Introduire la théorie de l’évolution en médecine clinique, c’est faire le lien entre l’Histoire de la vie et les histoires personnelles, entre les facteurs individuels et les facteurs environnementaux. Cette interdisciplinarité est en passe d’avoir des répercussions considérables sur la pensée médicale, les politiques sanitaires et la thérapeutique. Une telle approche éclaire, exemples parmi d’autres, les risques de nouvelles épidémies, les débats sur la vaccination, la progression de l’obésité, l’impact des nouvelles pratiques d’accouchement, etc.

Fondé sur les travaux de recherche les plus récents, ce livre est le premier à offrir un large panorama des perspectives ainsi ouvertes. Il devrait avoir un effet marquant sur la culture médicale commune. Au-delà du corps médical et des professionnels de santé, évidemment concernés au premier chef, chacun, soucieux de sa santé, y trouvera de quoi transformer sa vision.

Evolutionnary thinking in medicine

Alexandra Alvergne, Crispin Jenkinson, Charlotte Faurie ▪ Springer 2016

Il faut saluer la sortie de ce livre, car les ouvrages traitant de médecine évolutionniste sont encore rares, malgré les deux décades écoulées depuis le livre fondateur de Nesse et Williams traduit très récemment en français.

C’est le premier livre de cette nouvelle interdisciplinarité qui oriente clairement le propos en direction des médecins et de leur pratique. Il n’est pas structuré selon un plan de biologiste de l’évolution, mais selon un plan plus familier aux médecins, puisque les différents chapitres concernent l’obstétrique, la cancérologie, la cardiologie, etc.

Il aborde des sujets qui n’avaient pas encore été abordés dans ce genre d’ouvrage, tels que l’allaitement, la mort subite du nourrisson, l’insuffisance cardiaque ou encore l’autisme. Voilà bien des sujets qui résonnent dans la tête du médecin.

Son seul défaut est d’être écrit en anglais, devenue l'unique langue des publications en biologie. Cela va certainement rebuter de nombreux cliniciens moins rompus à la pratique de cet idiome que les chercheurs en biologie.

En attendant son éventuelle traduction, on ne peut qu’encourager les plus anglophones de nos confrères à se ruer sur ce livre très riche d’enseignement et plein de portes à ouvrir.

Des sexes innombrables - Le genre à l'épreuve de la biologie

Thierry Hoquet ▪ Seuil - Science ouverte - 2016

Le marite de l'ouvrage est de nous amener à réfléchir à la notion de genre en empruntant les chemins les plus variés de la biologie, de l'anthropologie, de la sociologie et de l'épistémologie. Partant de la biologie de la reproduction sexuée pour monter progressivement les divers étages socio-culturels et psychologiques, il développe les différents niveaux de détermination du sexe : génétique, gonadique, gamétique, gonophorique, hormonal, somatique, légal, psychique et libidinal. Pour démontrer que la dichotomie classique mâle/femelle est intenable à plusieurs de ces niveaux.
S'il ne nie pas la réalité du sexe gamétique, il regrette qu'elle serve de modèle unique aux normes culturelles, administratives et sociétales. Le contenu est essentiellement philosophique, parfois redondant. Mais l'auteur revient toujours à la biologie qu'il critique, non pas pour ce qu'elle est, mais pour avoir trop complaisement accepté d'être la référence conceptuelle dans les choses du sexe. Ce modèle biologique est d'autant plus restrictif qu'il se concentre sur le monde des mammifères. La sexualité et le mode reproductif des mammifères sont une particularité dans le monde vivant, Homo sapiens est une particularité dans le monde des mammifères et des primates.
En paraphrasant Anne Fausto Sterling que l'auteur cite plusieurs fois, on pourrait trivialement résumer en disant que l'identité sexuelle de notre espèce est 100% naturelle et 100% culturelle.

Les troubles psy expliqués par la théorie de l'évolution

Pierrich Plusquellec et Daniel Paquette ▪ De Boeck 2016

Cet ouvrage explore le cerveau humain et confronte les pathologies mentales prépondérantes aux mécanismes de l'évolution : pourquoi l'homme est-il sujet à l'anxiété, et quelle serait sa fonction adaptative ? Qu'en est-il du stress, de la dépression post-partum, de la dépression majeure, des troubles de personnalité ?
Pourquoi notre histoire évolutive a conservé tant de maladies mentales ?

Au-delà de l'intérêt purement scientifique de son propos, ce livre apporte un nouvel angle de compréhension des troubles de la santé mentale et ouvre les portes d'un nouveau champ d'applications.

C'est grave Dr Darwin
L'évolution, les microbes et nous.

Samuel Alizon ▪ Seuil 2016

Pourquoi ce livre devrait-il être lu au moins par tous les médecins ?
Parce que les livres qui traitent à la fois d'évolution, de santé et de médecine sont encore trop rares. (Il en existe moins de dix en langue française)
Parce que l'infectiologie est un domaine en pleine effervescence avec les maladies émergentes, la redécouverte du microbiote et le problème majeur de l'antibiorésistance.
Bien qu'il y ait beaucoup d'autres thèmes de rencontre entre les deux disciplines, les maladies infectieuses sont certainement le meilleur point d'ancrage entre la médecine clinique et la biologie de l'évolution.
L'auteur dresse ici un panorama assez exhaustif de l'histoire de nos relations tumultueuses avec les parasites (bactéries, virus, protozoaires, helminthes). Histoire qui semble se précipiter aujourd'hui avec les maladies nosocomiales et les bouleversements de l'environnement
Quant aux patients les plus curieux, ils peuvent aussi s'aventurer dans ces histoires. Ils découvriront comment les parasites ont des stratégies hésitantes entre virulence et dispersion, ils découvriront pourquoi l'antibiorésistance était inévitable. ils commenceront à comprendre la variété des réponses à une infection et pourquoi certains en meurent alors que d'autres ne s'en rendent même pas compte. Ils sauront que l'on ne peut plus croire aux peptides antimicrobiens pour remplacer les antibiotiques, mais que l'on peut encore rêver à une nouvelle ère de la phagothérapie.
La vulgarisation est un art difficile, il faut faire des raccourcis qui peuvent heurter les pairs, il faut conserver la rigueur scientifique sans mentionner toutes les preuves, il faut raconter des histoires et susciter l'envie d'aller plus loin. L'auteur a plutôt bien traversé ce parcours d'embûches et l'ensemble est assez agréable à lire.
Incisif et sérieux.

Santé, médecine et sciences de l'évolution :
les maladies infectieuses

Marion Vittecoq et col. ▪ De Boeck Solal, 2015


L’infectiologie est particulière en médecine, car il ne s’agit pas d’une spécialité d’organe ou de système, comme la cardiologie ou la rhumatologie, mais d’une spécialité transdisciplinaire et « trans-organique », comme le sont la cancérologie ou l’immunologie. En ce sens, elle est logiquement plus biologique qu’anatomique, elle est naturellement plus évolutionniste que fixiste.
L’infectiologie est également la première discipline médicale où le médecin, habituellement peu concerné par l’évolution, a été cruellement confronté à ses lois. Devant l’antibiorésistance et l’adaptation des vecteurs, aucun médecin sensé ne peut même plus feindre d’ignorer les sciences et les lois de l’évolution…
Les médecins curieux seront fascinés par l’histoire de ces virus, bactéries et parasites qu’ils ne connaissent que par le compte-rendu d’une hémoculture ou par les symptômes et dégâts visibles que ces microorganismes peuvent causer chez un patient. Histoire dont l’interdépendance avec la nôtre est certainement le point saillant et l’intérêt majeur de cet ouvrage.
Le médecin se doutait déjà de l’importance de l’environnement, ce livre lui fait mieux comprendre que l’émergence réelle de nouveaux parasites ou de nouvelles maladies est un fait rarissime, ce sont en réalité de nouvelles opportunités de diffusion qui sont offertes par l’homme aux microorganismes et à leurs vecteurs. Le clinicien constate que, pour les maladies infectieuses comme pour les maladies métaboliques (diabète de type 2 ou obésité), l’homme est très souvent l’artisan de son propre malheur. Les tréponèmes existaient bien avant les caravelles de Christophe Colomb. Legionella pneumophila existait bien avant les climatiseurs. Même l’antibiorésistance existait avant les antibiotiques !!
Extrait de la cnclusion de Luc Perino

De mâle en père

Franck Cézilly ▪ Buchet Chastel, 2014

Franck Cézilly nous offre un nouvel ouvrage majeur d'écologie comportementale. Ceux qui ont aimé le paradoxe de l'Hippocampe, sur la sexualité animale, se régaleront à lire cette suite réservée à la recherche de l'instinct paternel.

Voilà un instinct dont personne n'avait parlé, car nul ne pensait qu'il put exister à côté de l'instinct maternel. On découvre que cet instinct existe dans tous les embranchements du monde animal, et qu'il n'est pas du tout accessoire dans les soins parentaux.

Certes, les mammifères ne sont pas les champions des soins paternels, mais l'auteur nous explique, avec pertinence et de nombreux exemples, que le régime d'appariement et les soins parentaux ne sont pas fixistes et propres à un genre ou une espèce. Il peut s'agir d'une stratégie individuelle ou d'une stratégie de couple très variable en fonction de l'environnement.

Ainsi, il est vain de vouloir comparer homo sapiens à tel ou tel primate, car aucun exemple n'est satisfaisant. Chez homo sapiens, il est évident que sur les bases d'une faible polygynie et polyandrie, l'évolution biologique et culturelle à clairement orienté la majorité vers la monogamie et les soins biparenaux avec, comme pour toutes les espèces, de grandes variatios individuelles.

Livre passionnant, écrit avec la rigueur d'un scientifique soucieux de valider toutes ses assertions.

Pourquoi tombons-nous malades ?

Randolph Nesse & George Williams ▪ De Boeck, 2013

Cet ouvrage fondateur de la médecine darwinienne a été publié en 1996 aux Etats-Unis sous le titre original "Why we get sick".
Sa traduction en français presque 20 ans après montre à quel point la pensée évolutionniste a tardé à intégrer le champ médical dans notre pays.
Aujourd'hui, alors que nous ne pouvons plus nous passer de cette vision évolutionniste et environnementale des pathologies, il est intéressant de redécouvrir toutes les thèses et spéculations intellectuelles qui ont forgé cette nouvelle discipline. Malgré son âge, la bibliographie reste pertinente et d'actualité.
Cet ouvrage s'intègre parfaitement dans la récente collection de l'éditeur sur la médecine évolutionniste.

Le gène généreux. Pour un darwinisme coopératif

Joan Roughgarden ▪ Seuil 2012

Un livre de haut niveau qui conteste les principes de base de la sélection sexuelle et la théorie du gène égoïste.
Chercheuse reconnue, l'auteure se base sur les nombreuses exceptions que la nature nous offre par rapport au principe généralement admis de conflit entre les sexes pour l'accès à une reproduction maximale
Sa théorie est celle de la sélection sociale comme alternative à celle de la sélection sexuelle initiée par Darwin et reprise par tous les biologistes. Pour prouver que la coopération domine le conflit dans les organisations sociales de chaque espèce, elle utilise des modélisations mathématiques basées sur les solutions de négociations de Nash (SNN) qui lui semblent toujours plus pertinents que les modèles classiques de stratégies évolutionnistes stables (SES).
Elle conteste tous les points de la sélection sexuelle. Même l'anisogamie n'est plus considérée comme le résultat des deux choix stratégiques d'une compétition entre gamètes, mais comme une meilleure solution pour optimiser les rencontres entre gamètes. Tous les autres thèmes de la sélection sont ainsi réinscrits dans un modèle coopératif : caractères sexuels secondaires, mâles gynomorphes , femelles andromorphes, homosexualité, procréation hors couple, etc.
On peut cependant regretter que le thème de l'infanticide paternel n'ai jamais été évoqué, il semble en effet assez difficile de l'inscrire dans un modèle de sélection sociale.
Il n'en reste pas moins que l'ensemble est une synthèse de haut niveau sur toutes les composantes de l'appariement et de la reproduction dans le monde vivant. Elle conclut cependant que les deux types de sélection ne sont pas exclusifs l'un de l'autre, que la coopération et le conflit peuvent alterner, mais que dans les innombrables formes de la sexalité, la coopération domine toujours le conflit.
En dehors des démonstrations mathématiques parfois longues et fastidieuses, ce livre reste agréable à lire. Pour les lecteurs avertis, la synthèse des quinze dernières pages est exemplaire et doit entraîner l'adhésion.  

Anatomie impertinente

Alain Froment ▪ Odile Jacob, 2013

Cet inventaire de nos organes et de nos sens est aussi instructif que divertissant. L'auteur décortique notre anatomie pour montrer qu'il n'est ni forme ni fonction qui ne soit explicable par l'évolution et la phylogenèse.
Homo sapiens est ici comparé à tous les animaux de la création, dont il a hérité et dont diffère beaucoup moins qu'il n'y paraît.
Qu'il parle du nez, de la kératine ou de la longueur des jambes, l'auteur nous aide à y décortiquer avec humour et références le long travail de la Sélection Naturelle.
L'ouvrage se lit par petits bouts. Il fourmille d'anecdotes, de références littéraires et cinématographiques. Il peut s'apparenter sous certains aspects à un livre des records biologiques.
Bref un livre de plage intelligent, ce qui est une rareté à souligner !

Santé, médecine et sciences de l'évolution :
une introduction

Collectif sous la direction de Michel Raymond et Frédéric Thomas ▪ De Boeck, 2013

Curieusement, les sciences de l’évolution sont absentes de tout le cursus de formation du médecin. La raison principale est l'opposition entre une conception "cybernétique" de l'organisme étudié par les médecins et une conception écosystémique de l'organisme étudié par les biologistes.
Remercions tous les collaborateurs de cet ouvrage qui tente d’initier les médecins (et leurs patients) à la pensée évolutionniste. Il ne s’agit pas de créer une discipline ou sous-discipline de médecine évolutionniste, il faut simplement rendre sa place à la biologie évolutionniste, dans l’enseignement médical, au même titre que l’anatomie, la physiologie ou l’embryologie.
(Extraits de la préface de Luc Perino.)

Les nouveaux paradoxes de la médecine

Luc Perino ▪ Le Pommier, 2012

Parmi les cinq paradoxes analysés par l'auteur, il ressort que la biologie évolutionniste et la médecine ne se sont jamais rencontrées et ont beaucoup de difficulté à le faire.
Le cancer et son dépistage, les nouvelles pratiques autour de l'accouchement, les records de prématurité, l'allaitement artificiel, les maladies neuro-dégénératives, etc sont analysés avec le regard d'un praticien de terrain rompu aux sciences de l'évolution.

Pour recentrer la pratique médicale sur plus de biologie, plus de réalisme et d'objectivité, ce livre audacieux éclaire aussi les articulations complexes entre la médecine et la société, entre la science et le rêve, entre la santé publique et la démagogie, entre la statistique et la manipulation.
Loin de bâtir un réquisitoire contre la médecine, Luc Perino rêve d'une rencontre fructueuse entre la biologie et la clinique...

Pourquoi je n'ai pas inventé la roue ?

Michel Raymond ▪ Odile Jacob, 2012

Pourquoi je n'ai pas inventé la roueLa vulgarisation des sciences de l'évolution n'est pas chose aisée. Avec ce deuxième opus, l'auteur réussit cet exploit de nous faire progresser en biologie tout en nous amusant.
Ce livre est une suite de morceaux choisis de bricolages de la sélection naturelle. On y découvre plusieurs animaux aux coutumes et comportements bizarres. Le passage sur la manipulation du cerveau de leurs hôtes par certains parasites est très captivant, surtout qu'il débouche sur de nouvelles approches de certaines maladies psychiatriques.
Il aborde également certains aspects culturels et sociaux qui répondent aux lois évolutionnistes au même titre que la biologie. Cette réflexion commence très timidement en France et ce livre en permet une première approche.

La vie, l'évolution et l'histoire

Michel Morange ▪ Odile Jacob, 2011

Ce livre fait l'état des lieux des querelles et rivalités entre biologistes moléculaires et biologistes évolutionnistes.
Ces deux grandes disciplines de la biologie ont prétendu tour à tour avoir trouvé la clé du vivant.
La biologie fonctionnelle (moléculaire) prétend souvent que les scénarios de l'évolution ne sont que de belles histoires, qui attendent souvent la preuve des mécanismes intimes. Inversement les évolutionnistes reprochent à la biologie moléculaire de regarder la grande Histoire de la Vie par le petit bout de la lorgnette
L'auteur dépasse avec brio et élégance cette querelle pour démontrer que les deux raisonnements sont indispensables. La biologie fonctionnelle ne peut plus progresser sans une pensée évolutionniste, et les scénarios évolutifs sont affinés, voire découverts, par la recherche fonctionnelle.
La plus brillante partie de l'ouvrage est celle ou l'historien biologiste montre comment aucune deux disciplines n'ont pas encore complètement intégré la dimension historique de la vie. Il propose de prendre modèle sur les historiens... Très belle réflexion épistémologique.

L'Autre moi-même : les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions

Antonio Damasio ▪ Odile Jacob, 2010

Pourquoi tombons-nous malades L'origine de nos sentiments et de nos pensées est commune à tous les organismes, même les plus simples, dépourvus de cerveau.

L’auteur cerne les processus de l’évolution qui ont abouti à la conscience et à la notion de soi.

Les fondements de la conscience se situent dans le tronc cérébral, c'est à son niveau que prennent naissance les sentiments primordiaux, comme le plaisir ou la douleur. Il est commun a beaucoup d’organismes avec ou sans cerveau.

Les sentiments et la conscience existent aussi chez les amibes ou les bactéries, capables, eux aussi, de trouver et de transformer l’énergie, de se défendre, de saisir les opportunités de l’environnement. Ces principes de base sont ceux qui, tout au long de l’évolution, ont abouti à ce que nous appelons la conscience.

Depuis cette conscience « noyau » des animaux simples, jusqu’à la conscience « autobiographique » des mammifères ou oiseaux qui ont la mémoire des expériences passées et sont capables de construire des objets mentaux, il y a un continuum. Viennent ensuite la conscience « étendue » des grands singes qui pensent avant d’agir et en ont conscience, puis la conscience « de soi » dont nous semblons avoir l’exclusivité.

Le cerveau de l’homme, grâce au langage, augmente le processus du soi et la mémoire autobiographique. La création de la culture amplifie cette libération de la conscience biologique. Enfin, les émotions « viscérales » ont un rôle majeur dans le fonctionnement de notre cerveau.

Génétique du péché originel

Christian De Duve Odile Jacob, 2010

Ce livre est un résumé de l'histoire de la vie et de l'humanité. Rien ne manque, depuis le passage de la chimie minérale à la chimie organique puis à la vie par le truchement de la sélection naturelle. L'exercice de vulgarisation est exemplaire, la synthèse est parfaite. L'auteur aborde le paradoxe temporel de l'hominisation. Il a fallu 600 millions d'années pour arriver au cerveau de 350 cm3 du chimpanzé et seulement deux millions d'années pour passer de ces 350 aux 1350 cm3 de l'homme.

Toute l'explication ne peut pas être génétique. Le cablage du cerveau est épigénétique. Nos différences avec le chimpanzé viennent de gènes qui contrôlent la transcription d'autres gènes.
L'hominisation est aussi culturelle. L'altruisme et la coopération ont offert de tels avantages aux premiers groupes humains qu'ils ont été sélectionnés sur ces critères. Les croyances et les religions ont aussi offert des avantages sélectifs aux groupes qui en étaient pourvus.

La grande question du livre est : comment faire entrer toutes les populations dans le rationnalisme scentifique sans perdre les avantages sociaux conférés par les religions et les dogmes.
L'auteur propose spet pistes très différentes pour tenter d'y parvenir. Car il y a urgence, Homo sapiens peut disparaître s'il n'arrive plus à gérer les gros avantages que lui ont conférés sont gros cerveau...

Passionnant

Biologie évolutive

Collectif sous la direction de Frédéric Thomas, Thierry Lefèvre, Michel Raymond ▪ De Boeck, 2010

Ce livre est certainement le meilleur ouvrage de biologie évolutionniste écrit en langue française.
Il réunit 150 auteurs de toutes les spécialités de cette discipline, et s'adresse aux étudiants en master et aux chercheurs.
Il est bon de préciser qu'il s'adresse à un public déjà très averti. Ce n'est pas un livre de vulgarisation pour les médecins et professionnels de santé !
Une somme de références et une écriture rigoureuse.

Darwin en tête ! L'évolution et les sciences cognitives

Collectif sous la direction de Jean Baptiste Van der Henst et Hugo Mercier ▪ Presses universitaires de Grenoble, 2009

C'est manifestement l'ouvrage de référence qui recense les liens entre les sciences de l'évolution et les sciences cognitives.
Les médecins, qui ont toujours des difficultés pour admettre que la psychologie des hommes soit aussi un produit de la sélection naturelle, comprendront ici que la psychiatrie est autant un chapitre de médecine évolutionniste que peut l'être l'infectiologie.
La psychologie évolutionniste, si souvent malmenée par les anthropologues et sociologues, est ici présentée sans polémique, avec pertinence et une analyse critique du fonctionnement modulaire du cerveau.
Un passionnant chapitre d'éthologie compare les capacités cognitives des différentes espèces, un autre ouvre les portes sur les fascinants moyens d'analyse et de théorisation de l'évolution cognitive à partir des données fossiles, un autre nous fait découvrir l'évolution du langage.
Le lien est fait avec les nouvelles données de la neuro-imagerie fonctionnelle et avec la modélisation de l'intelligence artificielle.

Ce livre majeur réussit à vulgariser les moyens et les résultats actuels de l'étude du cerveau humain, avec une grande rigueur scientifique, et sans jamais prétendre que le cerveau de sapiens puisse un jour comprendre le cerveau de sapiens

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Cro-Magnon toi-même

Michel Raymond ▪ Seuil, 2009

Les sciences de l’évolution ne sont pas enseignées en faculté de médecine. Autant dire que la médecine n’est pas du tout darwinienne.
Pourtant, il ne fait aucun doute que la prise en compte de notre histoire évolutive permettrait d’éviter bien des erreurs médicales et d’orienter parfois plus efficacement nos thérapeutiques.
Un spécialiste de biologie évolutionniste dévoile ici simplement pour le plus grand public certaines particularités de notre physiologie et de notre être au monde qui découlent de façon évidente de notre histoire évolutive.

Quand le gène est en conflit avec son environnement

Bernard Swynghedauw ▪ De Boeck, 2009

Ce livre a le mérite d'être le premier à combler un vide dans la littérature francophone sur le sujet de la médecine évolutionniste. Son intérêt majeur est la très riche bibliographie.
L'auteur est cardiologue et il y a un biais majeur en faveur de cette spécialité au détriment des autres. Les problèmes nutritionnels, la psychiatrie, l’obstétrique, l’hypothèse hygiéniste et la sénescence, thèmes évolutionnistes majeurs, se résument à une succession de citations d'articles sans organisation ni synthèse.
L’auteur privilégie la biologie moléculaire au détriment de la biologie évolutionniste qu’il considère comme une "science éthérée " et il n'est pas convaincu de son intérêt en médecine. Ce qui est surprenant de la part de l'auteur lui-même !
On regrettera la mauvaise relecture par l'éditeur, comme le prouvent les nombreuses coquilles. Mais la critique essentielle est le manque d'esprit didactique, d’analyse et synthèse, ce qui est très préjudiciable pour un sujet intellectuellement novateur.
Quel dommage que le premier ouvrage de cette discipline ne soit certainement pas apte à y attirer les cliniciens.
Pour les médecins, saluons tout de même l'excellent chapitre sur la thérapeutique et la pharmacogénétique aux retombées pratiques certaines.

Francesco Colotta ▪ Giovanni Fioriti, 2008

Ce livre présente avant tout l'intérêt d'une excellente vulgarisation des processus génétiques qui sous-tendent les cancers. L'analyse des résultats de la génomique des tumeurs est précise est concise.
L'auteur montre clairement qu'il s'agit d'un processus darwinien basé sur la sélection clonale des cellules cancéreuses dans le microenvironnement de la tumeur, exactement sur le même modèle que celui de la sélection des espèces dans l'environnement naturel.
Il propose en conclusion d'utiliser le "talon d'Achille" des cellules cancéreuses, qui est leur instabilité génétique, pour élaborer de nouveaux traitements. Cette instabilité est à la fois leur force, car elle augmente le nombre de mutations qui les avantage, mais elle est aussi leurt faiblesse, car lorsque cette instabilité est trop forte, elle tue les cellules cancéreuses.
Ceci est assez séduisant, mais il propose de cibler ce talon d'achille en travaillant sur les signatures mutationnelles, c'est à dire avec le même réductionnisme que les thérapies ciblées traditionnelles dont on connaît les maigres résultats en raison du développement rapide de résistance aux traitements.

Le paradoxe de l'hippocampe

Frank Cézilly ▪ Buchet Chastel, 2006

Le paradoxe de l'hippocampeCe livre est à la fois un livre de naturaliste, d'anthropologue, d'écologiste comportemental, de sociologue et de sociobiologiste.
L'auteur passe en revue l'extraordinaire diversité de la sexualité et de la reproduction dans le monde animal. Dans un style accrocheur et malicieux, il nous entraîne dans une fascinante histoire naturelle de la monogamie.
La bibliographie est exemplaire.

La structure de la théorie de l'évolution

Stephen Jay Gould ▪ Gallimard, 2006

La structure de la théorie de l'évolutionStephen Jay Gould était certainement l'Historien le plus érudit des sciences de l'évolution. Ce livre volumineux en est la preuve.
Achevé en 2002, peu avant sa mort, il a été traduit en français en 2006.

Gould examine avec minutie les diverses interprétations de la théorie initiale de Darwin et remet en cause les excès adaptationnistes de la théorie synthétique.

On peut cependant reprocher que cette somme d'érudition et de réflexion ne soit un peu dévoyée par une obsession constante de l'auteur à promouvoir sa théorie des équilibres ponctués.

Nous savons que Gould était séduit par D'arcy-Thompson et les contraintes morphologiques et qu'il a toujours souhaité introduire une notion de hiérarchie dans l'évolution. Car même s'il reconnaît la primauté de la sélection naturelle, il pense qu'il faut prendre en compte d'autres facteurs susceptibles d'avoir eu un impact sur la biodiversité. Il est partisan d'un saltationnisme modéré et ne pense pas que les organismes soient la seule cible de l'évolution ; les dèmes, les espèces, voire les clades sont aussi des cibles et des unités de sélection. 

Ce livre est à réserver aux seuls spécialistes, mais tous apprendront beaucoup de cet esprit brillant, capable de développer les analyses jusqu'à leur terme, et capable mieux que tout autre de critiquer la sélection naturelle dont il a été aussi l'un des plus brillants promoteurs.

Ce livre reste un ouvrage de référence majeur où l'on peut puiser régulièrement pour éclairer les débats qui animent encore aujourd'hui la biologie de l'évolution.

Le singe en nous

Frans de Waal ▪ Fayard, 2006

Le singe en nousCe primatologue bien connu pour ses nombreux ouvrages de vulgarisation nous livre ici une synthèse de ses travaux pour un plus large public.
La compassion, l'empathie, l'altruisme et la coopération ne sont pas des caractéristiques spécifiquement humaines, elles nous viennent du monde animal et tout particulièrement de nos cousins les grands singes qui nous ressemblent tant. Nous partageons avec eux, non seulement l'essentiel de notre capital génétique, mais aussi l'essentiel des comportements de la vie sociale.
Ils savent utiliser leur expérience pour modifier leur façon de vivre et leurs relations. Et comme pour nous, leur défense de l'intérêt collectif passe après celle de l'intérêt individuel, les deux se servant mutuellement. Dans sa conclusion, il décrit l'homme comme un grand singe bipolaire !

Le gène égoïste

Richard Dawkins ▪ Odile Jacob, 1989

Le gène égoïsteCe livre est certainement le plus célèbre du darwinisme revisité.
Dawkins reprend toutes les thèses de Darwin en se plaçant du point de vue du gène. Le gène serait la seule unité de sélection et la seule pression de sélection sur ses voisins.
Un livre brillant et plein d'humour qui a servi de modèle à de nombreux auteurs sur les lois de l'évolution.

Un modèle de vulgarisation des sciences de l'évolution

Le hasard et la nécessité

Jacques Monod ▪ Seuil, 1970

Le hasard et la nécessitéCe livre est un grand classique. sans doute le premier ouvrage de langue française qui a mis les sciences de l'évolution à la portée du plus grand nombre.
Notre prix Nobel, l'un des fondateurs de la biologie moléculaire, a fait ici un essai autant biologique que philosophique.
Il a compris que sa discipline allait progressivement changer le regard sur la vie, les hommes et leur culture.

L'origine des espèces

Charles Darwin ▪ John Murray, 1859

L'Origine des espècesLorsque ce livre, désormais mythique, a été publié en novembre 1859 à Londres, il a été épuisé dans la journée même de sa mise en place en librairie.

Tous l'attendaient depuis longtemps, mais tous les esprits n'étaient pas prêts à découvrir cette vérité du "transformisme" des espèces.

L'Eglise anglicane a tout fait pour démonter cette théorie révolutionnaire. La plupart des naturalistes étaient également opposés aux thèses de Darwin.

L'auteur avait bien pris soin de ne pas y parler de l'Homme, car il savait que la polémique serait encore plus forte.

Aujourd'hui, il n'est pas possible de progresser en biologie en dehors de la pensée darwinienne. Même si le modèle a été largement dépassé et remodelé, il reste le fondement de la science biologique.

Darwin avait déjà pensé LUCA, la cellule et le gène sans les connaître. Il avait déjà posé les prémices de l'évolution culturelle. Aujourd'hui encore, nous pouvons constater que rien ne manque à cette thèse visionnaire.

Depuis, la biologie a fait d'énormes progrès confirmant les théories de Darwin. On ne parle plus de théorie mais de LOIS de l'évolution et de sciences de l'évolution.

L'écriture est à la fois celle d'un grand chercheur et d'un grand écrivain. Chose suffisament rare pour être mentionnée.

Aucun biologiste ni médecin ne peut se dispenser de cette lecture fondamentale qui a gardé toute sa jeunesse.