Les raisons d'un tel diplôme

 

La création du diplôme universitaire (DU) intitulé « Biologie de l’évolution » au sein de la faculté de médecine de Lyon procède avant tout du constat de l’absence d’enseignement des sciences de l’évolution dans tout le cursus médical.
La méthode anatomoclinique qui a fondé la médecine moderne a poursuivi sa logique agrégative entre symptôme et lésion organique jusqu’à nos jours, en suivant l’ordre du progrès technologique qui a permis de passer de l’organe au tissu, puis à la cellule, au gène et à la molécule.
Ce réductionnisme, au sens épistémologique du terme, a créé des liens étroits entre biologie moléculaire (ou fonctionnelle) et médecine clinique, et cette union fructueuse a fondé les sciences dites biomédicales, telles que nous les connaissons aujourd’hui, et avec le succès que nous savons.
Plusieurs autres raisons historiques ont maintenu depuis son origine, la biologie de l’évolution hors du champ médical, et l’avènement de la génétique a majoré la scission entre les deux domaines de la biologie.
Le fait que la biologie de l’évolution reste à l’écart des sciences biomédicales ne nous paraît plus être en accord avec les nouvelles exigences cliniques et peut même constituer un frein à l’extension des domaines de recherche.
La principale raison est que le paysage pathologique d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier, il est dominé par des pathologies que nous pouvons qualifier de « lentes » : tumorales, auto-immunes, psychiatriques, métaboliques et dégénératives.
Pour ces pathologies, la preuve clinique classique, basée sur le temps court (infections, chirurgie, sédation) et le faible échantillonnage (empirisme des cliniciens), a été dans l’obligation d’évoluer vers une preuve populationnelle basée sur un temps long et de très grands échantillons.
Ceci a conduit au nouveau concept d’EBM ou médecine basée sur les preuves. En réalité la preuve n’était pas une nouveauté pour la médecine clinique, mais elle devait changer de temporalité et de spatialité.
Avec sa dimension historique et populationnelle, la biologie de l’évolution aurait dû logiquement retrouver ses droits, mais au moment des développements conjoints de la génétique et de l’EBM, la forte influence du marché dans ces deux domaines a contribué à maintenir artificiellement une réflexion à temporalité courte.
Au moins trois nouveaux constats imposent un éclairage évolutionniste dans la réflexion clinique et le soin. En premier lieu, la découverte de la dimension écosystémique de l’organisme individuel avec ses endovirus et ses microbiotes dont le capital génétique est cent fois celui de son génome « officiel ». Cet holobionte avec son hologénome ne correspond définitivement plus à l’individu familier du clinicien. D’autre part les modifications environnementales et sociales font émerger de nouveaux problèmes sanitaires. L’évolution des pratiques médicales et obstétricales commence elle-même à poser question aux cliniciens. Enfin, il faut des investissements technologiques et financiers de plus en plus importants pour un gain de quantité-qualité de vie de plus en plus faible

La compréhension des processus d’adaptation et d’inadaptation aux changements brutaux d’environnement, d’alimentation et de mode de vie relève d’un raisonnement de type évolutionniste. La médecine environnementale est un premier pas vers cette nouvelle forme de raisonnement, mais elle deviendrait vite trop restrictive et trop « immédiate » sans l’introduction d’un raisonnement plus large impliquant les processus d’adaptation à l’échelle de notre espèce. La médecine évolutionniste est une médecine environnementale au sens le plus large et le plus biologique du terme.
Comment orienter les médecins chercheurs et cliniciens de demain vers de nouveaux protocoles d’essais et de nouveaux critères de jugement sanitaire sans leur avoir enseigné au préalable, à la faculté, les principes du raisonnement en biologie de l’évolution.
Avec le problème de l’antibiorésistance et des maladies nosocomiales et avec la redécouverte du microbiote, l’infectiologie et l’immunologie ont déjà amorcé ce virage conceptuel. Il apparaît que des domaines comme l’obstétrique, la néonatologie, la nutrition et l’endocrinologie sont disposés à cette approche. D’autres domaines comme la psychiatrie ou la cardiologie exigent une plus grande prudence dans les hypothèses et scenarios évolutionnistes. En réalité toutes les spécialités classiques de la médecine peuvent gagner en pertinence clinique dans la remise en perspective des symptômes et de la physiopathologie à la lumière des évolutions passées et récentes de notre environnement.
Les nouveaux outils que sont les analyses génomiques et la modélisation fournissent des résultats qui sont souvent ininterprétables sans une hypothèse évolutionniste préalable. Les nouvelles disciplines comme l’anthropologie génétique ou l’écologie comportementale contribuent à élargir le niveau de la preuve dans le temps et l’espace.

Les intervenants qui assurent les cours sont cliniciens, médecins chercheurs, biologistes, anthropologues et épistémologistes viendront d’horizons divers (CNRS, IRD, Musée de l’Homme, Institut Pasteur, INSERM, Facultés)
Ce projet entre résolument dans l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité souhaitées par tous. Il s’adresse à tous les étudiants et professionnels de la santé (médecins, pharmaciens, vétérinaires, biologistes, dentistes, sages-femmes et maïeuticiens, infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, etc.)

Ce diplôme est placé sous le haut-patronage de l’Université Claude Bernard Lyon 1 (UCLB1) et du laboratoire d’excellence Ecofect. Tous les cours (100 h) se déroulent à Lyon