Conseils de lecture

Pour une médecine évolutionniste.
Une nouvelle vision de la santé

Luc Perino ▪ Seuil 2017

Cet ouvrage fondateur élargit l’éventail de nos conceptions de la santé et des maladies.
Voici à peine vingt ans que les biologistes de l’évolution et les médecins ont tenté un timide rapprochement. Aujourd’hui, qu’il s’agisse des troubles digestifs, articulaires, psychiques, des maladies infectieuses ou du cancer, de la physiologie du sexe et de la reproduction, il n’est guère de domaine médical qui ne prenne à la lumière de l’évolution des aspects novateurs, voire révolutionnaires.

Introduire la théorie de l’évolution en médecine clinique, c’est faire le lien entre l’Histoire de la vie et les histoires personnelles, entre les facteurs individuels et les facteurs environnementaux. Cette interdisciplinarité est en passe d’avoir des répercussions considérables sur la pensée médicale, les politiques sanitaires et la thérapeutique. Une telle approche éclaire, exemples parmi d’autres, les risques de nouvelles épidémies, les débats sur la vaccination, la progression de l’obésité, l’impact des nouvelles pratiques d’accouchement, etc.

Fondé sur les travaux de recherche les plus récents, ce livre est le premier à offrir un large panorama des perspectives ainsi ouvertes. Il devrait avoir un effet marquant sur la culture médicale commune. Au-delà du corps médical et des professionnels de santé, évidemment concernés au premier chef, chacun, soucieux de sa santé, y trouvera de quoi transformer sa vision.

Les troubles psy expliqués par la théorie de l'évolution

Pierrich Plusquellec et Daniel Paquette ▪ De Boeck 2016

Cet ouvrage explore le cerveau humain et confronte les pathologies mentales prépondérantes aux mécanismes de l'évolution : pourquoi l'homme est-il sujet à l'anxiété, et quelle serait sa fonction adaptative ? Qu'en est-il du stress, de la dépression post-partum, de la dépression majeure, des troubles de personnalité ?
Pourquoi notre histoire évolutive a conservé tant de maladies mentales ?

Au-delà de l'intérêt purement scientifique de son propos, ce livre apporte un nouvel angle de compréhension des troubles de la santé mentale et ouvre les portes d'un nouveau champ d'applications.

Santé, médecine et sciences de l'évolution :
une introduction

Collectif sous la direction de Michel Raymond et Frédéric Thomas ▪ De Boeck, 2013

Curieusement, les sciences de l’évolution sont absentes de tout le cursus de formation du médecin. La raison principale est l'opposition entre une conception "cybernétique" de l'organisme étudié par les médecins et une conception écosystémique de l'organisme étudié par les biologistes.
Remercions tous les collaborateurs de cet ouvrage qui tente d’initier les médecins (et leurs patients) à la pensée évolutionniste. Il ne s’agit pas de créer une discipline ou sous-discipline de médecine évolutionniste, il faut simplement rendre sa place à la biologie évolutionniste, dans l’enseignement médical, au même titre que l’anatomie, la physiologie ou l’embryologie.
(Extraits de la préface de Luc Perino.)

Pourquoi tombons-nous malades ?

Randolph Nesse & George Williams ▪ De Boeck, 2013

Cet ouvrage fondateur de la médecine darwinienne a été publié en 1996 aux Etats-Unis sous le titre original "Why we get sick".
Sa traduction en français presque 20 ans après montre à quel point la pensée évolutionniste a tardé à intégrer le champ médical dans notre pays.
Aujourd'hui, alors que nous ne pouvons plus nous passer de cette vision évolutionniste et environnementale des pathologies, il est intéressant de redécouvrir toutes les thèses et spéculations intellectuelles qui ont forgé cette nouvelle discipline. Malgré son âge, la bibliographie reste pertinente et d'actualité.
Cet ouvrage s'intègre parfaitement dans la récente collection de l'éditeur sur la médecine évolutionniste.

Santé, médecine et sciences de l'évolution :
les maladies infectieuses

Marion Vittecoq et col. ▪ De Boeck Solal, 2015


L’infectiologie est particulière en médecine, car il ne s’agit pas d’une spécialité d’organe ou de système, comme la cardiologie ou la rhumatologie, mais d’une spécialité transdisciplinaire et « trans-organique », comme le sont la cancérologie ou l’immunologie. En ce sens, elle est logiquement plus biologique qu’anatomique, elle est naturellement plus évolutionniste que fixiste.
L’infectiologie est également la première discipline médicale où le médecin, habituellement peu concerné par l’évolution, a été cruellement confronté à ses lois. Devant l’antibiorésistance et l’adaptation des vecteurs, aucun médecin sensé ne peut même plus feindre d’ignorer les sciences et les lois de l’évolution…
Les médecins curieux seront fascinés par l’histoire de ces virus, bactéries et parasites qu’ils ne connaissent que par le compte-rendu d’une hémoculture ou par les symptômes et dégâts visibles que ces microorganismes peuvent causer chez un patient. Histoire dont l’interdépendance avec la nôtre est certainement le point saillant et l’intérêt majeur de cet ouvrage.
Le médecin se doutait déjà de l’importance de l’environnement, ce livre lui fait mieux comprendre que l’émergence réelle de nouveaux parasites ou de nouvelles maladies est un fait rarissime, ce sont en réalité de nouvelles opportunités de diffusion qui sont offertes par l’homme aux microorganismes et à leurs vecteurs. Le clinicien constate que, pour les maladies infectieuses comme pour les maladies métaboliques (diabète de type 2 ou obésité), l’homme est très souvent l’artisan de son propre malheur. Les tréponèmes existaient bien avant les caravelles de Christophe Colomb. Legionella pneumophila existait bien avant les climatiseurs. Même l’antibiorésistance existait avant les antibiotiques !!
Extrait de la cnclusion de Luc Perino

Darwin en tête ! L'évolution et les sciences cognitives

Collectif sous la direction de Jean Baptiste Van der Henst et Hugo Mercier ▪ Presses universitaires de Grenoble, 2009

C'est manifestement l'ouvrage de référence qui recense les liens entre les sciences de l'évolution et les sciences cognitives.
Les médecins, qui ont toujours des difficultés pour admettre que la psychologie des hommes soit aussi un produit de la sélection naturelle, comprendront ici que la psychiatrie est autant un chapitre de médecine évolutionniste que peut l'être l'infectiologie.
La psychologie évolutionniste, si souvent malmenée par les anthropologues et sociologues, est ici présentée sans polémique, avec pertinence et une analyse critique du fonctionnement modulaire du cerveau.
Un passionnant chapitre d'éthologie compare les capacités cognitives des différentes espèces, un autre ouvre les portes sur les fascinants moyens d'analyse et de théorisation de l'évolution cognitive à partir des données fossiles, un autre nous fait découvrir l'évolution du langage.
Le lien est fait avec les nouvelles données de la neuro-imagerie fonctionnelle et avec la modélisation de l'intelligence artificielle.

Ce livre majeur réussit à vulgariser les moyens et les résultats actuels de l'étude du cerveau humain, avec une grande rigueur scientifique, et sans jamais prétendre que le cerveau de sapiens puisse un jour comprendre le cerveau de sapiens

téléchargement gratuit

Cro-Magnon toi-même

Michel Raymond ▪ Seuil, 2009

Les sciences de l’évolution ne sont pas enseignées en faculté de médecine. Autant dire que la médecine n’est pas du tout darwinienne.
Pourtant, il ne fait aucun doute que la prise en compte de notre histoire évolutive permettrait d’éviter bien des erreurs médicales et d’orienter parfois plus efficacement nos thérapeutiques.
Un spécialiste de biologie évolutionniste dévoile ici simplement pour le plus grand public certaines particularités de notre physiologie et de notre être au monde qui découlent de façon évidente de notre histoire évolutive.

Anatomie impertinente

Alain Froment ▪ Odile Jacob, 2013

Cet inventaire de nos organes et de nos sens est aussi instructif que divertissant. L'auteur décortique notre anatomie pour montrer qu'il n'est ni forme ni fonction qui ne soit explicable par l'évolution et la phylogenèse.
Homo sapiens est ici comparé à tous les animaux de la création, dont il a hérité et dont diffère beaucoup moins qu'il n'y paraît.
Qu'il parle du nez, de la kératine ou de la longueur des jambes, l'auteur nous aide à y décortiquer avec humour et références le long travail de la Sélection Naturelle.
L'ouvrage se lit par petits bouts. Il fourmille d'anecdotes, de références littéraires et cinématographiques. Il peut s'apparenter sous certains aspects à un livre des records biologiques.
Bref un livre de plage intelligent, ce qui est une rareté à souligner !

Quand le gène est en conflit avec son environnement

Bernard Swynghedauw ▪ De Boeck, 2009

Ce livre a le mérite d'être le premier à combler un vide dans la littérature francophone sur le sujet de la médecine évolutionniste. Son intérêt majeur est la très riche bibliographie.
L'auteur est cardiologue et il y a un biais majeur en faveur de cette spécialité au détriment des autres. Les problèmes nutritionnels, la psychiatrie, l’obstétrique, l’hypothèse hygiéniste et la sénescence, thèmes évolutionnistes majeurs, se résument à une succession de citations d'articles sans organisation ni synthèse.
L’auteur privilégie la biologie moléculaire au détriment de la biologie évolutionniste qu’il considère comme une "science éthérée " et il n'est pas convaincu de son intérêt en médecine. Ce qui est surprenant de la part de l'auteur lui-même !
On regrettera la mauvaise relecture par l'éditeur, comme le prouvent les nombreuses coquilles. Mais la critique essentielle est le manque d'esprit didactique, d’analyse et synthèse, ce qui est très préjudiciable pour un sujet intellectuellement novateur.
Quel dommage que le premier ouvrage de cette discipline ne soit certainement pas apte à y attirer les cliniciens.
Pour les médecins, saluons tout de même l'excellent chapitre sur la thérapeutique et la pharmacogénétique aux retombées pratiques certaines.

C'est grave Dr Darwin
L'évolution, les microbes et nous.

Samuel Alizon ▪ Seuil 2016

Pourquoi ce livre devrait-il être lu au moins par tous les médecins ?
Parce que les livres qui traitent à la fois d'évolution, de santé et de médecine sont encore trop rares. (Il en existe moins de dix en langue française)
Parce que l'infectiologie est un domaine en pleine effervescence avec les maladies émergentes, la redécouverte du microbiote et le problème majeur de l'antibiorésistance.
Bien qu'il y ait beaucoup d'autres thèmes de rencontre entre les deux disciplines, les maladies infectieuses sont certainement le meilleur point d'ancrage entre la médecine clinique et la biologie de l'évolution.
L'auteur dresse ici un panorama assez exhaustif de l'histoire de nos relations tumultueuses avec les parasites (bactéries, virus, protozoaires, helminthes). Histoire qui semble se précipiter aujourd'hui avec les maladies nosocomiales et les bouleversements de l'environnement
Quant aux patients les plus curieux, ils peuvent aussi s'aventurer dans ces histoires. Ils découvriront comment les parasites ont des stratégies hésitantes entre virulence et dispersion, ils découvriront pourquoi l'antibiorésistance était inévitable. ils commenceront à comprendre la variété des réponses à une infection et pourquoi certains en meurent alors que d'autres ne s'en rendent même pas compte. Ils sauront que l'on ne peut plus croire aux peptides antimicrobiens pour remplacer les antibiotiques, mais que l'on peut encore rêver à une nouvelle ère de la phagothérapie.
La vulgarisation est un art difficile, il faut faire des raccourcis qui peuvent heurter les pairs, il faut conserver la rigueur scientifique sans mentionner toutes les preuves, il faut raconter des histoires et susciter l'envie d'aller plus loin. L'auteur a plutôt bien traversé ce parcours d'embûches et l'ensemble est assez agréable à lire.
Incisif et sérieux.

Biologie évolutive

Collectif sous la direction de Frédéric Thomas, Thierry Lefèvre, Michel Raymond ▪ De Boeck, 2010

Ce livre est certainement le meilleur ouvrage de biologie évolutionniste écrit en langue française.
Il réunit 150 auteurs de toutes les spécialités de cette discipline, et s'adresse aux étudiants en master et aux chercheurs.

Une somme de références et une écriture rigoureuse.

La vie, l'évolution et l'histoire

Michel Morange ▪ Odile Jacob, 2011

Ce livre fait l'état des lieux des querelles et rivalités entre biologistes moléculaires et biologistes évolutionnistes.
Ces deux grandes disciplines de la biologie ont prétendu tour à tour avoir trouvé la clé du vivant.
La biologie fonctionnelle (moléculaire) prétend souvent que les scénarios de l'évolution ne sont que de belles histoires, qui attendent souvent la preuve des mécanismes intimes. Inversement les évolutionnistes reprochent à la biologie moléculaire de regarder la grande Histoire de la Vie par le petit bout de la lorgnette
L'auteur dépasse avec brio et élégance cette querelle pour démontrer que les deux raisonnements sont indispensables. La biologie fonctionnelle ne peut plus progresser sans une pensée évolutionniste, et les scénarios évolutifs sont affinés, voire découverts, par la recherche fonctionnelle.
La plus brillante partie de l'ouvrage est celle ou l'historien biologiste montre comment aucune deux disciplines n'ont pas encore complètement intégré la dimension historique de la vie. Il propose de prendre modèle sur les historiens... Très belle réflexion épistémologique.

De mâle en père

Franck Cézilly ▪ Buchet Chastel, 2014

Franck Cézilly nous offre un nouvel ouvrage majeur d'écologie comportementale. Ceux qui ont aimé le paradoxe de l'Hippocampe, sur la sexualité animale, se régaleront à lire cette suite réservée à la recherche de l'instinct paternel.

Voilà un instinct dont personne n'avait parlé, car nul ne pensait qu'il put exister à côté de l'instinct maternel. On découvre que cet instinct existe dans tous les embranchements du monde animal, et qu'il n'est pas du tout accessoire dans les soins parentaux.

Certes, les mammifères ne sont pas les champions des soins paternels, mais l'auteur nous explique, avec pertinence et de nombreux exemples, que le régime d'appariement et les soins parentaux ne sont pas fixistes et propres à un genre ou une espèce. Il peut s'agir d'une stratégie individuelle ou d'une stratégie de couple très variable en fonction de l'environnement.

Ainsi, il est vain de vouloir comparer homo sapiens à tel ou tel primate, car aucun exemple n'est satisfaisant. Chez homo sapiens, il est évident que sur les bases d'une faible polygynie et polyandrie, l'évolution biologique et culturelle à clairement orienté la majorité vers la monogamie et les soins biparenaux avec, comme pour toutes les espèces, de grandes variatios individuelles.

Livre passionnant, écrit avec la rigueur d'un scientifique soucieux de valider toutes ses assertions.

Les nouveaux paradoxes de la médecine

Luc Perino ▪ Le Pommier, 2012

Parmi les cinq paradoxes analysés par l'auteur, il ressort que la biologie évolutionniste et la médecine ne se sont jamais rencontrées et ont beaucoup de difficulté à le faire.
Le cancer et son dépistage, les nouvelles pratiques autour de l'accouchement, les records de prématurité, l'allaitement artificiel, les maladies neuro-dégénératives, etc sont analysés avec le regard d'un praticien de terrain rompu aux sciences de l'évolution.

Pour recentrer la pratique médicale sur plus de biologie, plus de réalisme et d'objectivité, ce livre audacieux éclaire aussi les articulations complexes entre la médecine et la société, entre la science et le rêve, entre la santé publique et la démagogie, entre la statistique et la manipulation.
Loin de bâtir un réquisitoire contre la médecine, Luc Perino rêve d'une rencontre fructueuse entre la biologie et la clinique...

 

Francesco Colotta ▪ Giovanni Fioriti, 2008

Ce livre présente avant tout l'intérêt d'une excellente vulgarisation des processus génétiques qui sous-tendent les cancers. L'analyse des résultats de la génomique des tumeurs est précise est concise.
L'auteur montre clairement qu'il s'agit d'un processus darwinien basé sur la sélection clonale des cellules cancéreuses dans le microenvironnement de la tumeur, exactement sur le même modèle que celui de la sélection des espèces dans l'environnement naturel.
Il propose en conclusion d'utiliser le "tendon d'Achille" des cellules cancéreuses, qui est leur instabilité génétique, pour élaborer de nouveaux traitements. Cette instabilité est à la fois leur force, car elle augmente le nombre de mutations qui les avantage, mais elle est aussi leurt faiblesse, car lorsque cette instabilité est trop forte, elle tue les cellules cancéreuses.
Ceci est assez séduisant, mais il propose de cibler ce talon d'achille en travaillant sur les signatures mutationnelles, c'est à dire avec le même réductionnisme que les thérapies ciblées traditionnelles dont on connaît les maigres résultats en raison du développement rapide de résistance aux traitements.